Arrivée prévue à Roissy Charles de Gaulle le 20 octobre à 7h (heure française) - 12h pour conclure un voyage extraordinaire au sein duquel nous avons eu la chance de découvrir un pays, de croiser d'autres vies ,d'horizons divers..
Je reviendrai sur le voyage en tant que tel un peu plus tard, lorsque j'aurai réuni mes notes mais surtout recouvrée mes esprits. J'avais oublié qu'un voyage, c'était aussi le parcours en avion et ce parcours là aura une empreinte indélébile dans nos existences.
Je ne sais pas si je dois m'étendre encore sur ces pages tant il nous a été offert de l'évoquer à maintes reprises toutefois j'ai le sentiment qu'il faille écrire pour tourner cette page.
Tout commence à l’enregistrement en fin de compte - Lors de notre enregistrement, nous demandons à la personne au sol (un jeune homme) s’il est possible de nous placer au milieu de l’avion (comme à l’aller) et ce pour nous 4 (nous + deux autres personnes du groupe avec lesquels nous nous sommes liées d’amitié). Ce dernier nous affirme que oui. Or, un peu avant l’embarquement, nous vérifions nos places. Pas un d’entre nous n’est placé à côté et surtout nous sommes installés à l’arrière. Une certaine forme de déception nous accable surtout que l’avion est loin d’être complet puis, nous constatons un léger retard précédant le départ, ce qui s'avère être le moins grave – Je passe également sur la vétusté de l’avion qui nous surprend et nous interroge – Alors que sur nos billets, il est indiqué le même avion qu’à l’aller, nous constatons qu’il est bien plus ancien et moins confortable qu’à l’aller. (Constat et avis général).
Devant notre sollicitation, le personnel présent accorde à Melle Moreau le droit de se mettre à côté de moi. Certes séparées de nos compagnons de voyage, un peu à l’avant de nous mais toutes les deux –
L’avion décolle et nous trouvons le personnel un peu désorganisé – Alors que les personnels en cabine souhaitent la bienvenue, s’assurent plutôt deux fois qu’une du fait que les passagers soient bien installés, etc., il n’en est rien en ces moments. Soit ! Nous patientons avant le service du dîner – Nous discutons. Tout se passe bien – Le dîner est servi et là encore, nous sommes déçues – Outre la désorganisation qui se confirme dans le service, on nous indique qu’il n’y a plus notre choix soit le « plateau européen ».Un élément supplémentaire qui nous maintient dans un sentiment de « malaise », du « ça ne va pas » -
Puis nous sommes desservis, nos conversations reprennent et le vol est encore calme quand tout à coup : nous constatons de fortes lumières à travers les hublots (pas d’annonce).L’avion se met à trembler (toujours pas d’annonce) et sans avoir le temps de dire « ouf », nous chutons très violemment et très brusquement. Un bruit sourd nous laisse à penser en l’espace de quelques secondes que nous en avons terminé avec la vie. Nous avons pensé aux personnes proches disparues, au fait que nous allions les rejoindre- Nous heurtons (nous ne savons pas encore quoi) des choses, etc.
Puis l’avion se stabilise – Ces quelques secondes où l’athéisme voire même l’agnosticisme n’ont plus lieu de prospérer – Un miracle vient de se produire –
Pour avoir connu, lors de précédents voyages, quelques trous d’air et certaines fortes turbulences, nous pouvons affirmer là qu’il s’agissait de facteurs plus violents et soudains, qui auraient pu causer le péril de l’avion–
Dès lors que l’on redresse la tête : le constat est difficile à regarder – La prise de conscience est lente- Les personnes que nous connaissons du groupe et donc à l’arrière ont des réactions complètement différentes – La violence du coup ou des coups a pour conséquence une très forte douleur sur le côté droit de la tête et ne peux plus ouvrir la bouche. La crainte d’une ecchymose interne – Du sang coule un peu depuis ma bouche (je découvrirai après m’être mordue la langue sur le côté gauche)– Dans l’avion, tout a volé (du moins là où nous nous trouvons). Dans les cuisines du fond, tout est au sol – Certains masques à oxygène sont tombés (ce qui rend le lieu davantage angoissants) et une partie d’un plafond au dessus de la place 44f (là où il y les lumières) est tombé – Une jeune fille d’origine vietnamienne vraisemblablement est dessous, en sang– Nos amis sont très pâles voire livides et l’une d’entre elle ne peut plus du tout bouger – Nous constatons des visages en sang – Je me mets à pleurer demandant à quitter cet avion – D’autres plus calmes mais choqués parviennent à me faire respirer, etc.
C’est le choc, l’incompréhension, la prise de conscience, etc. Et pendant ce temps là, toujours aucune annonce, aucune information, rien. L’équipage à l’arrière est certes touché mais où se trouvent donc les autres ? Personne n’intervient et pourtant il y a des blessés, graves et plus graves.
Très vite, l’organisation se déploie avec la solidarité entre passagers – L’une donne des comprimés contre les douleurs ; notre ami, ancien pompier volontaire, avec l’appui d’un vétérinaire à bord, prend tout en main. C’est lui qui exige de l’eau, des pansements, des couvertures supplémentaires, etc. On lui demande s’il faut donner l’alerte. Nous pensons rêver. Ce passager est disposé à témoigner.
Pendant ce temps, toujours aucune information ni sur l’accident ni sur ce que nous allons faire. Nous comprenons seulement que nous allons passer 10h ainsi-Dans le trouble, l’inquiétude. Le moindre tremblement devient suspect, nous ne supportons plus rien.
Et les minutes qui ne passent pas assez vite, obnubilés par l’arrivée encore trop loin- Un personnel de bord qui a tout laissé-Il nous faut aller chercher nous même de l’eau-Personne ne nous demande rien et pourtant nous avons mal. Moins que certains de nos voisins. La peur se cristallise et nous avons physiquement mal.
Après cet atroce méfait, c’était comme l’anarchie dans l’avion – Je passe le service du petit déjeuner – Néanmoins, alors que tout était réuni pour cela, pas un passager ne s’est révolté ; pas un passager n’a trop paniqué pour perturber les autres passagers ; etc. Par la solidarité à bord, nous avons douloureusement patienté.
Je viens de vous faire part des faits mais il reste difficile de transcrire l’ensemble des sentiments et ce que cela a produit comme effets.
Nous arrivons enfin à Roissy – Grâce à l’intervention de notre ami, l’alerte ayant été donnée, les pompiers sont là ainsi que les gendarmes et les personnels de l’unité médicale de Roissy – J’ai omis d’ajouter que c’est ce même ami qui est intervenu afin qu’une personne de la compagnie à bord passe lister les blessés en leur demandant leurs numéros de place.
Les choses s’organisent mal –Ils semblent être surpris par l’ampleur de la situation. Nous restons à attendre que l’on nous ausculte – Un médecin, assez furtivement, regarde nos têtes, nous pose quelques questions – Beaucoup d’attente, même si nous comprenons amplement que les plus grièvement blessés nécessite toute l’attention des pompiers et des équipes montées à bord – On nous prend nos noms sur des feuilles et attendons de savoir comment cela doit se passer.
Après de multiples échanges chaotiques, on nous permet de descendre de l’avion en nous indiquant que nous allons être transportés à l’unité médicale – Personne de Vietnam Airlines, on nous oriente sur un guichet d’Air France (je passe l’attitude des agents exceptée de l’une d’elles). Ensuite, plusieurs personnes, comme dépassées avec des ordres peu clairs nous font passer la douane. (je passe aussi là l’attitude des douaniers). Bref, notre ami, pompier volontaire se demande s’ils savent ce qui vient de se passer et quel enfer nous venons de vivre.
Pourtant, nos comportements ont été dignes tout le long et restent dignes à l’aéroport – Il y avait matière à la révolte, entre la désinformation totale à bord et l’accueil au sol.
Les personnels au sol nous parlent de « miracle ». Que l’enquête préliminaire ouverte déterminera les responsabilités, que le pilote (qui nous a sans doute sauvé la vie et que nous aimerions remercier) était sous le choc mais que nous avons eu beaucoup de chance- Un personnel d’ADP a même jugé utile d’ajouter qu’avec la violence du « coup », l’avion aurait du se casser (au niveau des ailes) et qu’étant à l’arrière, l’avion plus souple a dû se plier un peu. La réalité relayée dans les médias se révèle tout de même très en deçà du vécu à bord et de la réalité.
Le simple trou d’air évoqué et les propos de Vietnam Airlines ont fini par nous écœurer.
Ceci étant écrit, place au récit du voyage..à suivre