Un grand frisson me traverse, celui d'une mobilisation réussie. La joie d'y croiser des visages familiers, la surprise d'en reconnaître tant les années nous séparent.
Cette formidable sensation de liberté, je la dois au droit de m'opposer et de le dire avec des milliers d'autres sur le pavé. Ce droit rappelé au sein de l'Article 2 de la Declaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 (inspiré de John Locke) :
Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression
Un droit qui a laissé des larmes et du sang dans notre Histoire et que tant d'autres encore espère. Je me suis souvenue du Mur des Fédérés au Cimetière du Père Lachaise sur lequel je suis allée me recueillir cet été - Une trace de ces deux mois en 1871 où le sang a coulé - La République, l'étendard de ce soulèvement, valait il ce prix pour être bafoué aujourd'hui?
Cette liberté intégrée comme naturelle aux fondements de nos sociétés occidentales, l'évidence ancrée de disposer des moyens de choisir son mode de vie, son métier, son régime politique se révèle pourtant mise à mal. La perception qu'il s'agit d'un Bien fragile prend une dimension nouvelle depuis quelques années.
Cette mobilisation m'a donc rassuré et fait grand bien.
"La France en libertés surveillées - La République en danger" titre un livre blanc édité par le Parti Socialiste - Il y a un an, les socialistes se mobilisaient pour dénoncer les injustices, les reniements des droits sociaux et les atteintes aux libertés publiques. La crise ne peut justifier, ne peut être un caractère probatoire au recul des libertés et des droits fondamentaux.
Or, les discours xénophobes de cet été ont exaspérés. Ces boucs émissaires tellement faciles pour justifier une situation économique et sociale : l'Etranger, les étrangers - Ceux que l'on peinent à nommer. Rappelons nous l'Europe des années 30, la montée des fascismes avait pour socle la crise économique majeure (sans commune mesure avec celle que nous vivons), les premières victimes, quelles étaient elles?
Facile pour un gouvernement aux aboies de brouiller les débats et masquer leurs échecs répétés avec un ROM, que l'on confond éhontement à une personne du voyage - Le ROM, une situation que l'on ne découvre pas à l'été 2010, qui déjà en 1989, suscitait inquiétudes de la part des pouvoirs locaux - Des situations humaines insoutenables dont doit s'emparer, non seulement notre pays mais aussi l'Union Européenne - Ces appels des élu(e)s locaux pour une prise en charge par l'Etat, pour que le gouvernement prenne la dimension de la situation d'un peuple opprimé - Ici ou ailleurs en Europe - Un peuple aussi marqué par l'Histoire, n'oublions pas que 700 000 tziganes ne sont pas revenus des camps d'extermination nazi.
Le recours scabreux à des boucs émissaires banalisent l'idée que les origines culturelles et ethniques, les différences sont autant de nuisances à l'équilibre économique. Qu'il existe de bons et mauvais citoyens en fonction d'une couleur de peau, d'un nom, d'une origine familiale extérieure à nos frontières. Comment réprouver avec forces ces postulats honteux sinon crier dans la rue et voter pour que ces responsables s'en aillent.
Cela distille dans les esprits plus fragiles des idées qui auront du mal à ne pas devenir irreversibles.Cela se révèle désastreux et sème un chahut incompatible avec les fondements de notre République.
Le chômage, les problèmes sociaux, le recul des droits du travail, la précarisation, l'impunité des "grands"..cela fait beaucoup pour un seul et même peuple, non?
La prise de conscience semble enfin générer des réactions, il n'aura pas suffi du débat sur l'identité nationale, il fallait que Hortefeux et Besson aillent plus loin . Pourtant avant eux et après eux, d'autres ont usé et useront de ces subterfuges qui n'ont comme résultats : la honte. Alors la mobilisation ne doit jamais faiblir.
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