Les Objectifs du Millénaire pour le Développement.
Introduction :
La volonté de constituer un nouvel ordre mondial relève avant tout d’un certain idéal voire d’une utopie. Deux visions s’affrontent, la doctrine réaliste qui consiste à affirmer que les relations entre Etats sont régis par leurs intérêts personnels (Franklin Delano Roosevelt, Président des Etats Unis d’Amérique entre 1932 et 1945) et la doctrine idéaliste qui consiste à croire aux relations entre Etats régis par les valeurs universelles. ( Thomas Woodrow Wilson, Président des Etats Unis d’Amérique entre 1912 et 1920). En outre, ces besoins s’expriment à l’issue des deux grandes guerres mondiales pour établir, autant que faire se peut, une paix juste et durable.
C’est ainsi que vont s’organiser des entités internationales dont les compétences se révèlent complexes à définir voire à délimiter. Chaque Etat ne leur donnant pas les mêmes valeurs ou la même importance, souvent, selon la région du monde auquel l’Etat appartient.
L’organisation des Nations Unies est bâtie par les Etats avant tout afin d’assurer leurs sécurités. La Charte des Nations Unies de 1946, en effet, prévoit un certain nombre de principes de « non-agression », (Article 41 ; Article 42 et Article 43, qui veille à créer des règles coercitives pour tout Etat ne respectant pas la paix). Il s’agit de manière générale, de créer du Droit International.
Malgré les dissensions internationales que la Communauté Internationale traversent (guerre froide ; conflit au Proche-Orient ; Décolonisation ; ..), l’O.N.U se développe et son rôle s’étend à d’autres domaines notamment les Droits de l’Homme. Outre le respect des libertés fondamentales, il s’agit aussi des droits d’accès à une certain nombre de ressources dont l’Etre Humain a besoin pour vivre. Il s’agit de l’accès à un travail, de l’accès à l’eau potable, à la nourriture, de la liberté de se mouvoir, de s’exprimer. Néanmoins, le développement de l’organisation mondiale n’est pas équitable selon les régions du Monde. En outre, il est communément évoqué l’opposition « Nord-Sud » ou Occident/Tiers Monde.
Les Objectifs du Millénaire pour le Développement naissent le 13 septembre 2000 à travers une résolution adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies et entrent pleinement dans les principes universels dictés par la Charte des Nations Unies de 1946, d’ailleurs, il est possible d’envisager que cette résolution ne soit en fait qu’une tentative de réforme de l’ONU en mettant en avant les problématiques internationales contemporaines.
Ces objectifs ambitieux voire idéalistes s’établissent autour de 8 points : - la réduction de la faim et de l’extrême pauvreté ; - assurer l’éducation primaire pour tous ; - promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ; - réduire la mortalité infantile de moins de 5 ans ; - améliorer la santé maternelle ; - combattre le VIH, le Paludisme et autres maladies ; - assurer un environnement durable ; - mettre en place un partenariat mondial pour le développement.
Cette résolution n’est elle restée qu’une incantation à l’orée de l’entrée dans le nouveau millénaire ? Quelles incidences ces résolutions ont elles eu sur la notion du principe de la souveraineté d’un Etat ? De quelles manières les Etats dans le cadre d’une Communauté Internationale peuvent mesurer l’impact des mesures qui émanent de cette résolution et existe t’il une évolution en terme de droits et de devoirs dévolus à chaque Etat ?
/ La résolution du 13 septembre 2000 n’est elle pas l’amorce de la réforme nécessaire de l’ONU ?
L’organisation des Nations Unies reste dominée par le rôle impératif du consentement des Etats, il est donc important de souligner que le Droit International qui en émane peut être simplement issu de divergences persistantes entre les Etats, qu’il s’agisse de divergences politiques ou économiques. La résolution du 13 septembre 2000 qui donne naissance aux Objectifs du Millénaire pour le Développement est une succession de principes, auxquels les Etats adhèrent mais la notion de respect de Droit et de Devoir est elle pour autant amplifiée ?
A/ Les principes fondamentaux des Objectifs du Millénaire pour le Développement.
a) 189 pays ont signé cette résolution dont 147 étaient représentés par leur Chef d’Etat. Mais de par la nature même de l’organisation de l’Assemblée Générale soit celui que quelque soit l’Etat (sa superficie, sa population, son niveau de vie, etc..), il vaut une voix, la disparité entre les pays est maintenue. Les pays dont les intérêts restent prééminents voire dominants (Etats Unis, France, Chine..) s’engagent certes mais uniquement sur du déclaratif. De plus, la Souveraineté des Etats étant un principe incompressible, les éléments déclaratifs restent contraints aux lois et obligations qui régissent le droit interne de chaque Etat. Les principes énoncés et qui fondent les Objectifs du Millénaire pour le développement se déclinent en effet comme le rappel d’un certain nombre d’engagements prit par les Etats membres lors de leurs adhésions à l’ONU.
b) cette résolution est constituée de 8 chapitres dont le premier s’intitule « I/ Valeurs et principes » et le dernier « VIII/ Renforcer l’Organisation des Nations Unies », entre ces deux chapitres, des paragraphes sur la paix, la sécurité et le désarmement ; les Droits de l’Homme ; le développement et l’élimination de la pauvreté. Ces chapitres ont la particularité de rappeler les articles de la Charte des Nations Unies de 1946 avec notamment, l’article 1er qui dispose : « les buts politiques des Nations Unies sont la sécurité collective, l’égalité souveraine des Etats et des peuples, la coopération internationale pour le progrès social et scientifique, le respect des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales.
B/ Une résolution exclusivement incantatoire ou réelle motivation des Etats.
Les principes de 1946, alors que l’ordre mondial est différent (sortie de la Seconde guerre Mondiale), avec le sentiment, que l’Organisation des Nations Unies qui émerge, n’est que le fruit de la vision mondiale des alliés. Si bien que ces principes ne trouvent pas échos selon les périodes traversées et les pays concernés.
A l’entrée du nouveau millénaire, alors que les Etats Unis d’Amérique réclame une réforme de l’organisation des nations unies, ces objectifs certes signés rappellent les principes édictés en 1946, tout en se conformant à la réalité de l’année 2000.Réussite ou échec ?
a) bilan en 2005
Kofi A.Annan est alors Secrétaire Général des Nations Unies, il signe un rapport établissant le bilan de l’évolution des objectifs du Millénaire en 2005. Dans son introduction, outre la satisfaction que les Etats membres de l’ONU aient adopté une telle démarche, rappelle que l’Homme est au cœur de ces principes.
Par objectif, donc 8 (rappelés en Introduction), les chiffres de la situation mondiales sont rappelés et une comparaison est établie avec la situation des années 90 et celle connue lors de l’écriture du rapport. Ainsi, concernant l’Objectif 1, soit la réduction de la faim et de l’extrême pauvreté, le constat est édifiant. La réussite pour les régions de l’Asie (Asie du Sud, Orientale, Sud-Est et Océanie) ainsi que pour l’Amérique Latine est notable avec la baisse de plus de 20% alors que l’Afrique Subsaharienne, elle connaît un échec puisque la proportion de la population disposant de moins de 1 dollar par jour augmente.
Peut on parler d’émergence ? D’une évolution des inégalités au sein des pays dits du « Tiers Monde » ?
b) bilan en 2007
Ban Ki Moon est Secrétaire Général des Nations Unies, il signe le même rapport avec les évolutions apportées aux travaux menés par l’ensemble des organisations internationales oeuvrant pour atteindre les objectifs fixés par la convention du millénaire. Il indique en outre que les ressources doivent être mises à la disposition des pays et ce de manière prévisible.
Toujours par objectif et toujours relatif aux évolutions quant à l’Objectif 1, la réussite est probante car la situation a non seulement perduré pour les régions d’Asie mais elle a changé dans le bon sens pour la région de l’Afrique Subsaharienne.(46,8 millions en 90 pour 41,1 millions en 2006).
En revanche, si la pauvreté baisse effectivement, elle ne baisse pas pour tout le monde puisque les chiffres révèlent qu’en même temps, les inégalités augmentent.
II/ Les disparités régionales existent elles toujours ?
Les disparités ont évolué, elles ne sont plus réservées qu’à une dichotomie entre « nord-sud » mais évoluent au sein même de chaque région. Les inégalités au lieu de se mondialiser, se régionalisent. En même temps que des pays émergents s’enrichissent, des poches dans certaines parties d’une même région se paupérisent, ce qui implique l’intervention ciblée de l’Humanitaire avec l’émergence des ONG, comme entités internationales à part entière et le développement de migrations, qui désertifient des régions pour en densifier d’autres.(Mexicains vers les Etats Unis ; Tchétchènes, Ukrainiens vers la Pologne..)
A/ En Occident, la domination économique, politique s’est elle transformée ?
a) En Europe, essentiellement le fait de l’adhésion à l’Union Européenne, la disparité entre les pays occidentaux et les pays « émergents », essentiellement issus de l’ancien bloc de l’Est se réduit. Néanmoins, les politiques sociales et économiques n’ont pas encore de cohérence voire d’unité. Alors qu’il est difficile d’évoquer les objectifs du millénaire pour les pays européens, ils ne font pas partis des cibles envisagées, il est toutefois important de souligner les inégalités croissantes au sein de l’Europe. Le chômage, le travail précaire, entraînent une augmentation des populations vivant sous le seuil de pauvreté.
Egalement, les objectifs de développement durable ou de respect des Droits de l’Homme peuvent être soumis dans la mesure où la Russie reste maître en terme de fourniture d ‘énergie mais aussi dans la stabilisation ou l’envenimement de certains conflits européens (tensions avec l’Ukraine, l’Arménie, etc..).
b) En Amérique du Nord, la situation est similaire. Néanmoins, les Etats Unis, malgré une puissance toujours renouvelée, les pays dépendants trouvent les moyens de leurs autonomies. (ex : Vénézuela). La chute de la monnaie américaine a des conséquences importantes sur les échanges au sein du continent américain.
Dans les objectifs du millénaire, dans le paragraphe lié au développement durable, l’objectif de l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto, ayant pour objectifs essentiels de réduire l’émission des gaz à effets de serre, n’est pas atteint puisque les Etats Unis refusent de le ratifier.
B/ Dans le Tiers-Monde, l’évolution de la qualité de vie est elle visible ?
Les régions du Monde incluent dans le terme de « Tiers-Monde » pour l’essentiel étaient celles dont le nombre de pays ayant connu la colonisation est élevé. Les continents asiatiques et africain notamment mais aussi l’Amérique Latine.
Les images de régions sous-développées, de pauvreté, de famines ont longtemps été des réalités. Pourtant, la situation a évolué pour chacune de ces régions, de manière inégale cependant et sans que l’ensemble des objectifs fixés par les Nations Unies ne soient atteints.
Puis dans les échanges économiques et les échanges mondiaux (matières premières, énergie, agriculture..), peut on encore définir l’Inde ou la Chine de manière identique à la Somalie, le Mozambique ? peut on parler d’une situation assimilable entre le Brésil et Haïti ou la République Dominicaine ?
a) les pays « pauvres » (les PMA)
Le Mali, 3ème pays le plus pauvre du Monde selon l’ONU par exemple, 72% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté ainsi l’immigration est pour l’essentiel la seule solution.
Le Mozambique, 70% de la population dispose de moins de 1€ par jour, est un pays dont le dénuement de la population reste inquiétant.
Le Zimbabwe, 80% de la population au chômage, un taux de scolarisation en baisse et des services de santé en déliquescence.
Quelques exemples de pays où la population est touchée à une très forte majorité par la pauvreté, ils se situent pour l’essentiel sur le Continent Africain. Alors que le Continent connaît une croissance économique soutenue, que la hausse des prix des matières premières, notamment, le Pétrole permet aux économies de se maintenir, les objectifs de développement sont loin de la réalité de beaucoup de pays. En matière d’éducation, de résorption de la pauvreté, tout reste à construire. Le rôle des Etats s’avère très souvent la raison essentielle aux échecs, en effet, beaucoup de conflits dus aux problèmes ethniques ( dus eux-mêmes aux frontières mal définies lors de la décolonisation) conduisent aux blocages institutionnels et donc à la non redistribution.
La volonté politique existe t’elle réellement pour modifier la situation des populations de ces pays tout en respectant le principe de non-ingérence et de souveraineté de l’Etat ?
b) les pays émergents
La Chine, l’Inde, le Brésil…autant d’exemples qui démontrent à eux seuls que l’ordre mondial évolue. Sans pour autant que les Nations Unies aient démontré qu’elles avaient une influence sur cette réalité.
A eux seuls, ils montrent également que les inégalités au sein d’un même pays peuvent être très importantes.
L’opposition « nord-sud » a évolué, en effet, les disparités régionales ont mué si bien qu’il est aujourd’hui plus difficile de définir un « nord » et un « sud » puisqu’en leurs seins, les inégalités ont également évolué.
Dans les pays dits développés, des poches de pauvreté explosent, les inégalités sociales évoluent avec le sentiment que le creusement entre « riches » et « pauvres » devient béant ; dans les pays émergents, les intérêts désormais accessibles prennent le dessus au détriment des pays en voie de développement.
L’ordre mondial change en même temps que la population mondiale croît davantage. Ces objectifs du Millénaire pour le Développement demeurent un idéal, qui ne démontrent aucune efficacité directe sur l’évolution des situations globales hormis dans certains cas particuliers, peut être un militantisme plus aiguisé mais par des personnalités déjà conscients des inégalités dans le Monde. Les règles coercitives pouvant contraindre les Etats ne s’avèrent pas non plus probantes pour le respect des Droits.
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