Dans deux jours, Nicolas Sarkozy soufflera ses deux bougies élyséennes. Un triste gâteau d’anniversaire pour les 65% de français déçus par son action.
Au delà du mécontentement, qui ne peut pas se mesurer qu’au nombre de personnes dans la rue, le Président de la République est parvenu à démanteler, diviser, casser.
Certes, le train des réformes n’a pas cessé, laissant même quelques députés (y compris de la majorité) perplexes quant à leurs intérêts.
Ces parlementaires « ronchons » n’ont ils pas raison ?
J’aurai tout le loisir d’y revenir mais aujourd’hui qu’en est il de la politique de la ville, cette réforme « Amara » dont la bulle médiatique aussitôt grossie, a éclaté ?
Dans certains bassins de vie, la désindustrialisation des années 60 détruit des milliers d’emplois. En 25 ans, le nombre d’ouvriers diminue et ce déclin de l’industrie ne sera pas compensé, dans un premier temps, et laissera le secteur des services croître.
L’industrialisation avait été accompagnée par la construction de logements, à destination prioritaire des ouvriers.
Et au lendemain de la seconde guerre mondiale, la crise du logement va entraîner la construction des grands ensembles, tant par les communes progressistes que par la ville de Paris à la suite d’opérations de rénovations de certains quartiers populaires ou de résorption de bidonvilles. Ce double mouvement explique l’importance du logent social dans certaines communes.
Notons aussi qu’à cette période les plans d’aménagements urbains dépendaient à cette époque presque exclusivement du pouvoir de l’Etat par l’intermédiaire du Préfet.
Cette Histoire explique pour partie les données actuelles en matière de caractéristiques socio-démographiques, économiques, de peuplement, etc.
Depuis des années, nous déplorons une aggravation des inégalités sociales et territoriales. La vie ne s’arrête pas à Paris car les grandes métropoles s’entourent de villes périphériques, que de nombreuses populations se répartissent sur ces territoires situés en dehors des capitales et qu’il faut agir pour une meilleure qualité de vie.
Cette aggravation n’est pas de la seule responsabilité de notre passé. En effet, l’on peut constater que la casse sociale orchestrée par le gouvernement de droite présent en France depuis 2002 engendre un nombre important d’exclusions (exclusions du marché du travail ; exclusion du système éducatif ;etc.). Certaines de nos populations vivent mal.
Malgré nos appels auprès des autorités de l’Etat sur les risques d’une loi de décentralisation ne satisfaisant pas les collectivités territoriales, la fin des emplois jeunes, de la police de proximité, etc. A cette crise sociale forte se juxtaposent, une perte de repère, des discriminations, une montée inquiétante des communautarismes. Notre modèle républicain se révèle ainsi touché dans sa substance, de son contenu.
L’ascenseur social est bloqué, il se trouve qu’un pan de la jeunesse n’a pour seul horizon que l’échec scolaire, le chômage.
Pour toutes ces raisons, certes pas exhaustives, nous avons vécu fin octobre 2005 des violences urbaines, nées des incidents de Clichy-sous-Bois (93), mais aussi des propres démonstrations du ministre de l’intérieur, où il y a eu de nombreuses atteintes aux biens publics et privés, nos populations ont été des victimes et même s’il nous a fallu dans un premier temps, déployer des énergies humaines sans précédent pour un retour au calme, aujourd’hui, il ne suffit pas de se contenter de ce calme précaire mais bien de reconstruire et de repenser entièrement nos villes en redonnant espoir et dignité aux habitants, en combattant l’insécurité sociale grandissante et en exigeant de notre gouvernement, les moyens nécessaires à la réhabilitation.
Des pistes peuvent mener à résoudre nos difficultés à condition que nous disposions des mobilisations et moyens adaptés.
Effectivement, les violences dans nos villes qui ont préoccupé l’ensemble des citoyens à cette période n’ont été éteintes que partiellement.
Tout ce dont nous pouvons être certains, c’est qu’il ne suffit pas d’un retour au calme. Il faut mener un travail de longue haleine pour réédifier tous les pans de notre société (lutte contre les discriminations ; accès à l’emploi ; droit à l’éducation ; citoyenneté ;etc.).
Voulons nous, oui ou non, mettre fin aux inégalités territoriales ?
Il faut être cohérent et que chacun prenne ses responsabilités.
Le Président de la République est intervenu pour demander à tous les élus de veiller à l’application de la loi SRU par les villes. Cette loi qui exige, entre autres, 20% de logements sociaux dans les nouvelles construction est largement boycottée par les élu(e)s, issu(e)s pour la plupart de l’actuelle majorité. Ces derniers préfèrent s’acquitter des amendes plutôt que d’appliquer ce principe. Essayons d’être cohérents, les remèdes sont connus, il faut avoir la volonté de les mettre en œuvre avec rigueur et détermination.
Dans nos villes, de plus en plus de familles sont confrontées à une insécurité sociale grandissante qui bouleverse le fonctionnement même de la cellule familiale. Certains ne se sont pas gênés lors de la crise des banlieues pour désigner la famille (bien souvent monoparentale) ou les parents en particulier comme coupables, incompétents, irresponsables. Avec le soutien d’institutions départementales et régionales les municipalités doivent se doter de Maison des parents et de la famille dont le rôle est d’accompagner et éventuellement soutenir les familles vers l’acquisition de leur autonomie sociale. Il s’agit aussi de prévenir les déstructurations et de les aider le cas échéant, à gérer les crises et les ruptures intra-familiales.
Mettre en œuvre un Contrat Local de Sécurité, oui, si le Préfet et le Procureur de la République s’engagent ensemble autour d’un plan d’action avec les élus, l’Education Nationale. Nous devons élaborer un travail participatif avec les acteurs locaux concernés. C’est là, un aspect essentiel du processus, gage de la réussite future du contrat.
Quelles solutions proposées lorsque l’on constate qu’il est possible, avec une carte d’identité nationale, d’être condamné à la prison, mais qu’avec cette même carte, il est parfois difficile de passer la porte de l’ANPE pour trouver un emploi.
Nous ne devons pas nous contenter d’agiter la République en étendard et ses valeurs comme remparts à la détresse sociale. La République est passée à côté de beaucoup de difficultés, d’abord politique. Les élu(e)s de terrain que nous sommes doivent se battre et agir pour la modernisation, le maintien et la promotion des services publics dans ces quartiers.
La réussite des projets de rénovation urbaine dépend d’un projet global qui devra prendre en compte l’habitat, la vie sociale et culturelle et surtout l’emploi.
L’Habitat et son corollaire qu’est le logement social. Aujourd’hui le logement social est un bien de première nécessité.
En effet, quel maire d’une commune ne rencontre pas chaque jour le désespoir de centaines de familles qui attendent une réponse immédiate en terme de logement.
Il est à déplorer un fossé grandissant entre le véritable parc locatif social et les autres bailleurs sociaux, sous couvert de minimiser les risques d’impayés. De ce fait, la mixité sociale est de plus en plus un vœu pieux sur certains secteurs de nos communes, où la ghettoïsation s’accroît. Nous le constatons dans nos rapports avec les S.A d’HLM lorsqu’elles organisent le non accès aux plus démunis. Ces familles se tournent naturellement vers les mairies ou les offices publics, qui hélas, ne peuvent répondre à ces demandes croissantes.
Il faudrait devant ce fait, donner les moyens au Maire notamment, de coordonner les règles locales d’attribution par la mise en place d’une commission locale ayant pour responsabilités de définir les critères uniques dans la ville pour les conditions d’attribution d’un logement social. Cette commission partenariale, présidée par le maire devrait associer la préfecture, le conseil général et les représentants des locataires avec les bailleurs.
Nous éprouvons le besoin de travailler aussi sur la décohabitation, cette dernière doit être une priorité.
Il faut en plus considérer les copropriétés dégradées comme faisant partie, de fait, du logement social. A ce titre, aides, subventions ne peuvent être mobilisables que dans le cadre de contrats d’objectifs clairs avec les propriétaires.
La maîtrise du foncier reste également une préoccupation, nous ne devons pas subir la loi du marché et la relégation des familles modestes, toujours plus en périphérie des villes, loin des services publics et des bassins d’emploi, avec toutes les difficultés du quotidien telles que les transports, les garderies, l’école ou l’accès à la culture ou au sport.
Dans ce cadre, il est urgent de réaffirmer haut et fort la volonté d’instaurer un droit au logement, et donc, de la Couverture Logement Universelle, promise par la gauche. Il faut rendre cette proposition crédible dans le contexte de désespérance actuelle et nous ne parviendrons à le faire qu’avec l’aide de tous les partenaires concernés. Nous devons tous prendre conscience de la gravité et l’ampleur de la situation et faire en sorte qu’elle devienne une des premières priorités des projets politiques car on ne peut parler d’égalité des chances sans assurer désormais l’accès au logement.
Le logement, mais également la capacité de proposer des accès à une vie sociale décente, à un accès à la culture, aux sports mais surtout à l’emploi.
Pour réhabiliter les espaces de vie des quartiers, il faut commencer par les rendre accessible ou du moins, commencer par permettre aux habitants de ces quartiers de s’en extraire.
Il convient donc de repenser services de proximité, certes mais surtout les transports.
Ces derniers ont en effet un rôle majeur à jouer, tant ils sont les moyens indispensables de la mobilité, dont chacun mesure qu’elle est une condition sine qua non dans l’accès à l’emploi. Or les banlieues sont les lieux de vie les moins irrigués par le service public de transport, les lignes desservies sont restreintes, les horaires sont inadaptés et les coûts pour les usagers très élevés.
Evidemment, cet accès à un meilleur équilibre des accès pour chaque population doit impérativement faire l’objet de projets politiques globaux et en partenariat constant.
Ces décisions qui détermineront les espaces pour les prochaines années sont des actes importants. L’équilibre entre les territoires comme condition pour le développement de la région doit être un atout.
C’est ainsi qu’il nous incombe de faire reculer les inégalités, qu’il faille penser à une organisation de l’agglomération fondée sur un maillage autour des territoires à fort potentiel de développement économique.
Le développement économique doit se penser en terme de répartition des richesses mais aussi d’accès à l’emploi et à la formation qualifiante.
L’accès à l’emploi sera une réalité pour nos concitoyens de nos quartiers qu’à la condition que les discriminations à l’embauche d’une part soient levées mais également si l’on adapte la formation aux métiers proposés. Nous aurons à placer au cœur de nos interventions, une Ecole, comme véritable levier social.
En effet, les instruments de cohésion sociale que sont l’école, l’éducation parentale, l’entrée sur le marché du travail ne fonctionnent plus ou du moins ne sont plus adaptés à nos réalités.
Il est urgent de repenser entièrement nos politiques de développement et l’accès aux droits fondamentaux.
Que replacer l’Humain au cœur de nos prérogatives ne relève pas uniquement de l’Utopie mais bien de nos préoccupations si nous ne voulons pas que les lourds investissements nécessaires à la reconstruction ne soient pas en réalité de simples pansements que l’on posera dans tels ou tels quartiers pour que l’on ne voit plus, ni les stigmates, ni les difficultés.
Je veux espérer que les pouvoirs publics comme les élu(e)s ne se contentent pas de croire au règlement de la crise par un petit supplément de subventions. Personne ne doit, ne peut oublier l’urgence sociale.
Les villes doivent pouvoir compter sur des ressources fiscales et de dotations stables et clairement définies. Les subventions « politique de la ville » doivent quant à elles, être un supplément d’âme », jamais une variable d’ajustements du budget de la Nation .
C’est à ce prix et seulement à ce prix que nous pourrons nous réjouir un jour d’avoir placé l’Humain au cœur de notre action publique.